Transmission d'entreprise & management de transition · 2026-10-09

Pacte Dutreil 2026 : huit ans d'engagement, la transmission d'entreprise devient un enjeu de direction

Par Massimiliano Moreni (ing.) ·

Depuis le 21 février 2026, la loi de finances a allongé l'engagement individuel du Pacte Dutreil de quatre à six ans, soit huit ans de conservation au total, et exclu les actifs somptuaires de l'abattement de 75 %. Alors que Bpifrance Le Lab recense 370 000 entreprises potentiellement à transmettre d'ici 2030 et seulement 26 000 transmissions réalisées en 2024, la réforme déplace le risque : il n'est plus seulement fiscal, il est de gouvernance et de direction pendant huit ans. Un cadre en quatre temps, du diagnostic de transmissibilité au management de transition de pont.

En bref

La loi de finances 2026 porte la conservation des titres sous Pacte Dutreil à huit ans (2 ans de pacte collectif + 6 ans d'engagement individuel) pour les transmissions depuis le 21 février 2026 et exclut les actifs somptuaires. Avec 370 000 entreprises françaises potentiellement à transmettre d'ici 2030 (Bpifrance Le Lab), la transmission d'entreprise devient un projet de direction : diagnostic trois ans avant, gouvernance formalisée, et si l'héritier n'est pas prêt, un management de transition pour assurer la direction pendant la période de conservation.

La thèse est nette. Depuis le 21 février 2026, transmettre une entreprise familiale en France sous Pacte Dutreil n'est plus une opération fiscale que l'on boucle en fin de parcours : c'est un engagement de direction sur huit ans au minimum. La loi de finances pour 2026 a maintenu l'abattement de 75 % sur la valeur des titres transmis, mais elle a allongé l'engagement individuel de conservation de quatre à six ans et exclu de l'avantage les actifs somptuaires non affectés à l'activité. Le message du législateur est clair : l'avantage est réservé aux transmissions qui reposent sur une logique économique réelle et durable. Autrement dit, la question n'est plus seulement combien coûte la transmission, mais qui dirige l'entreprise pendant ces huit années.

Le contexte rend l'enjeu massif. Le bilan de la transmission et de la reprise d'entreprise publié le 28 novembre 2025 par Bpifrance Le Lab, avec CCI France, CMA France et le CRA, sur environ 5 000 dirigeants, est sans ambiguïté : 40 % des dirigeants de TPE, PME et ETI envisagent de céder ou de transmettre d'ici 2030, soit près de 370 000 entreprises et environ 3 millions d'emplois directement concernés. Or seules 26 000 transmissions ont été réalisées en 2024, pour un potentiel annuel estimé à 74 000. Et 70 % des cédants potentiels n'en sont qu'au stade de la réflexion ou de la collecte d'informations.

Ce que change vraiment la réforme. Le pacte collectif reste de deux ans ; l'engagement individuel passe à six ans, ce qui porte la durée totale de conservation à huit ans. Les biens somptuaires (véhicules de tourisme, yachts, aéronefs, objets d'art, bijoux, chevaux de course, vins, résidences) ne bénéficient plus de l'exonération s'ils ne sont pas exclusivement affectés à l'activité, y compris lorsqu'ils sont logés dans des filiales, avec une condition d'affectation appréciée sur les trois années précédant la transmission. Trois conséquences pratiques en découlent. La première : le patrimoine de l'entreprise doit être lisible et assaini bien avant l'opération, pas la veille. La deuxième : l'héritier, ou le collège d'héritiers, s'engage à conserver les titres sur un horizon qui dépasse largement un cycle de management. La troisième : la gouvernance de cette période devient le véritable risque de la transmission.

Le piège : confondre transmission du capital et transmission du pouvoir. Le Pacte Dutreil sécurise la transmission du capital. Il ne dit rien de la capacité de la génération suivante à diriger. Dans de nombreuses entreprises familiales, l'héritier qui détient les titres n'est pas encore prêt, ou pas désireux, d'assumer la direction générale. Le fondateur, lui, souhaite se retirer. Entre les deux s'ouvre un vide de direction qui peut durer des années, précisément sur la période où la loi impose de conserver. C'est là que la valeur se perd : décisions reportées, cadres clés qui partent, banques qui s'interrogent, clients qui doutent.

Un cadre en quatre temps pour une transmission sur huit ans. Nous proposons aux familles et à leurs conseils un cadre simple, qui sépare clairement les sujets de capital et les sujets de direction.

1. Diagnostic de transmissibilité, trois ans avant l'opération. Puisque l'affectation des actifs s'apprécie sur les trois années précédant la transmission, le chantier commence là. Cartographie des actifs, séparation de ce qui relève de l'activité et du patrimoine privé, revue des holdings et des filiales, avec les avocats et notaires de la famille. Côté direction : évaluation honnête de la capacité et de la volonté de chaque héritier, et des fonctions clés qui reposent aujourd'hui sur le seul dirigeant.

2. Gouvernance formalisée avant la signature. Un conseil, ou un comité stratégique, avec au moins un regard extérieur indépendant. Une charte familiale qui distingue le rôle d'actionnaire de celui de dirigeant. Un calendrier de succession écrit, avec des jalons, et pas seulement une intention.

3. Direction de pont pendant l'engagement de conservation. Lorsque la génération suivante n'est pas prête, la réponse n'est ni de précipiter sa nomination ni de prolonger indéfiniment le fondateur. C'est de confier la direction générale ou opérationnelle, pour une période définie, à un manager de transition expérimenté, mandaté pour stabiliser l'entreprise, structurer l'équipe de direction et préparer la montée en responsabilité de l'héritier. La famille reste actionnaire et décisionnaire ; la direction est professionnelle et redevable devant le conseil.

4. Passation progressive et mesurée. Montée en charge de l'héritier par périmètres (une filiale, une fonction, un marché), objectifs explicites, revue annuelle par le conseil. À la fin de la période, le manager de transition sort, l'héritier dirige, et l'entreprise a traversé l'engagement de conservation sans perte de valeur.

Pourquoi l'accompagnement externe devient la norme. La même étude Bpifrance indique que 85 % des cédants et 74 % des repreneurs sollicitent ou prévoient un accompagnement externe. Ce chiffre ne traduit pas une faiblesse des dirigeants : il traduit la complexité croissante d'une opération qui mêle fiscalité, droit, gouvernance familiale et pilotage opérationnel. La réforme de 2026 ajoute une dimension temporelle : il ne s'agit plus d'accompagner une signature, mais une période de huit ans.

La dimension transfrontalière. De nombreuses familles entrepreneuriales vivent entre la France et la Suisse romande, avec des sociétés d'un côté et une partie du patrimoine ou de la famille de l'autre. Pour elles, le sujet n'est pas seulement fiscal : il faut coordonner une gouvernance familiale cohérente, un family office ou une holding lisible, et une direction de l'entreprise française stable sur la durée de l'engagement. Les choix fiscaux relèvent des avocats et notaires ; la cohérence de la gouvernance et de la direction relève d'un regard de direction générale.

Comment intervient Krymax. Krymax Studio accompagne les familles entrepreneuriales, les ETI et les PME structurées sur la partie direction et gouvernance de la transmission, en coordination avec leurs conseils juridiques et fiscaux. Concrètement : diagnostic de transmissibilité et feuille de route sur trois ans ; mise en place ou renforcement du conseil et de la gouvernance familiale ; management de transition à la direction générale ou opérationnelle pendant la période de pont, avec des objectifs mesurables ; préparation et accompagnement de la montée en responsabilité de la génération suivante. Notre rôle n'est pas de remplacer la famille, mais de protéger la valeur de l'entreprise pendant que le pouvoir change de mains.

Ce qu'il faut retenir. La réforme Dutreil de 2026 ne rend pas la transmission familiale impossible : elle la rend exigeante. Huit ans de conservation, des actifs à assainir trois ans à l'avance, une logique économique à démontrer. Les familles qui traiteront la transmission comme un projet de direction, et pas seulement comme une optimisation fiscale, en sortiront avec une entreprise plus solide. Les autres découvriront que l'avantage fiscal ne protège pas d'une entreprise mal dirigée. Le bon moment pour commencer, c'est trois ans avant la signature. Pour beaucoup, c'est maintenant.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui change dans le Pacte Dutreil en 2026 ?

Pour les transmissions réalisées depuis le 21 février 2026, la loi de finances pour 2026 maintient l'abattement de 75 % mais allonge l'engagement individuel de conservation de quatre à six ans : avec les deux ans du pacte collectif, la durée totale passe à huit ans. Les actifs somptuaires (véhicules de tourisme, yachts, objets d'art, bijoux, vins, résidences, etc.) non exclusivement affectés à l'activité sont exclus de l'exonération, y compris dans les filiales.

Pourquoi la réforme rend-elle le management de transition plus pertinent ?

Parce que le Pacte Dutreil sécurise la transmission du capital, pas celle de la direction. Si l'héritier n'est pas prêt à diriger et que le fondateur se retire, l'entreprise doit être pilotée pendant une partie des huit ans de conservation. Un manager de transition, mandaté pour une durée définie et redevable devant le conseil, assure cette direction de pont et prépare la montée en responsabilité de la génération suivante.

Quand faut-il commencer à préparer une transmission sous Pacte Dutreil ?

Idéalement trois ans avant l'opération, puisque l'affectation des actifs à l'activité s'apprécie sur les trois années précédant la transmission. Or selon Bpifrance Le Lab, 70 % des cédants potentiels n'en sont qu'au stade de la réflexion ou de la collecte d'informations : pour beaucoup d'entreprises familiales, le bon moment est maintenant.

Sources

Loi de finances pour 2026, article 8, modifiant l'article 787 B du CGI (transmissions à compter du 21 février 2026) · CMS Francis Lefebvre, Le régime Dutreil a finalement été modifié, 2026 · Banque Populaire Gestion privée, Réforme du Pacte Dutreil : un cadre plus exigeant qui impose l'anticipation, 2026 · Bpifrance Le Lab avec CCI France, CMA France et le CRA, Bilan de la transmission et de la reprise d'entreprise en 2025, 28 novembre 2025 (environ 5 000 dirigeants)