Family Office / Suisse · 2026-06-21

Family office en Suisse romande et au Tessin : structure, gouvernance et continuite du patrimoine

Par Massimiliano Moreni (ing.) ·

Geneve et le Tessin offrent stabilite, confidentialite et un pont naturel avec l'Europe. Mais dans le grand transfert de patrimoine, la geographie ne suffit pas : ce qui decide si une fortune dure, c'est la gouvernance et une succession preparee. Voici le cadre.

En bref

Ce qui decide si un patrimoine familial dure n'est pas le lieu mais la gouvernance et une succession preparee : 86% des family office n'ont aucun plan de succession clair pour leurs decideurs. Geneve et le Tessin offrent stabilite, confidentialite et un pont avec l'Europe, mais ce qui compte est une structure d'organes, de delegations et de regles ecrites. Cela se construit tot, avec methode.

La Suisse, et en particulier Geneve et le Tessin, demeure l'une des juridictions de predilection pour les patrimoines familiaux : stabilite politique et monetaire, confidentialite, qualite des services et un pont naturel entre l'Europe du Sud et le reste du continent. Geneve compte aujourd'hui parmi les tout premiers centres mondiaux de family office, et le Tessin offre la meme rigueur a la porte de l'Italie. Pour beaucoup de familles entrepreneuriales, structurer ici leur family office est un choix de continuite, et non de seule efficience fiscale. Mais c'est ici que nait le malentendu le plus couteux : traiter le lieu comme s'il etait la solution.

La these, sans detour. Dans le plus grand transfert intergenerationnel de richesse de l'histoire, la geographie ne suffit pas. Un patrimoine familial ne se defait presque jamais a cause d'un mauvais investissement : il se defait parce qu'il manque une architecture qui dise qui decide, avec quels contrepoids et selon quelles regles lorsque la generation qui l'a construit cede la place a celle qui en herite. Ce qui decide si la valeur dure n'est pas la juridiction, mais la gouvernance et une succession preparee. Geneve et le Tessin sont le lieu ou l'on peut donner a cette gouvernance structure et rigueur suisse ; ils ne sont pas, a eux seuls, la structure.

Trois definitions a poser. Un family office est la structure, dediee ou partagee, par laquelle une famille gouverne son patrimoine comme une institution : investissements, risque, fiscalite, transmission et relations, sous des regles communes. La gouvernance est l'ensemble des organes, delegations et regles ecrites qui separent la propriete de la gestion et rendent les decisions a la fois tracables et contestables. L'investment policy statement (IPS) est le document qui fixe par ecrit objectifs, contraintes, allocation d'actifs et mandats : la constitution financiere qui empeche la strategie de changer au gre de l'humeur du moment ou de la personne en place. Un plan de succession n'est pas un testament : c'est le dessin pluriannuel de la maniere dont roles, pouvoirs et responsabilites passent aux decideurs a venir.

Le chiffre que peu regardent. Selon les rapports 2026 d'UBS et de J.P. Morgan sur les family office, 86% des family office dans le monde n'ont aucun plan de succession clair pour leurs decideurs ; 35% seulement disposent d'un plan de succession structure pour le family office lui-meme ; et a peine 27% ont un processus structure pour preparer et former leurs heritiers aux roles futurs. Sur le front des organes, le tableau est inegal : les comites d'investissement existent dans 64% des cas, mais un IPS formel n'est en place que dans 35%, un conseil d'administration du family office dans 32%, des conseillers externes menant des revues periodiques du portefeuille dans 27%, et un mission statement ou manuel dans 26% a peine. En somme : on decide beaucoup, mais avec peu de regles ecrites et peu de preparation de ceux qui heritent. La lacune n'est pas technique ; c'est une lacune de gouvernance.

Ce que les familles demandent aujourd'hui aux conseillers. Le meme tableau indique clairement la direction de la demande : non des produits, mais une regie. Les familles cherchent des conseillers externes qui apportent un avis consultatif et independant, des comites d'investissement qui decident dans le cadre d'un mandat, des conseils qui incluent des membres exterieurs a la famille, et une planification structuree. Et elles signalent de maniere recurrente le risque qu'elles redoutent le plus : la dependance excessive a un seul individu ou a un seul prestataire. C'est un angle mort dangereux, car un patrimoine gouverne autour d'une seule personne ou d'un seul prestataire est expose a un point de rupture unique. Ce sont precisement les instruments que la plupart des family office n'ont pas encore formalises.

Le cadre : les quatre piliers d'un family office construit pour durer. Une structure solide repose sur quatre piliers qui agissent ensemble. Premierement, la separation entre propriete et gestion. Qui possede n'est pas qui opere ; chaque role a des frontieres explicites, afin que le controle de la famille ne se confonde pas avec l'execution quotidienne. Deuxiemement, les bons organes avec des delegations claires. Un conseil du family office qui oriente et surveille, un comite d'investissement qui decide dans le cadre d'un mandat ecrit et tient proces-verbal, une direction qui execute : la difference ne tient pas a l'existence des organes, mais a leur fonctionnement reel, avec des cadences fixes, des quorums et une revue independante du portefeuille. Troisiemement, les regles ecrites. Un IPS qui engage la strategie au-dela des personnes, et une charte familiale, c'est-a-dire les regles de la famille : comment on entre, comment on vote, comment on gere les conflits, comment on distribue. Quatriemement, la preparation de la generation suivante. Des criteres d'entree et un veritable parcours fait de competences, d'experience et de responsabilites progressives, non de droits automatiques. Ce qui tient les quatre piliers ensemble est un montage multijuridictionnel coherent entre la Suisse, l'Italie et l'etranger, car une structure mal alignee entre les pays disperse precisement la valeur qu'elle est censee proteger.

La succession est un processus, non un evenement. C'est l'erreur de perspective la plus courante : traiter le passage comme un acte a signer plutot que comme une trajectoire a gouverner pendant des annees. Un processus pluriannuel permet d'eprouver les heritiers sur des responsabilites croissantes, de transmettre relations et savoir tacite, et de corriger le cap avant que quoi que ce soit ne devienne irreversible. Un evenement, au contraire, concentre en un instant un risque que l'on aurait pu diluer sur une decennie.

Ce que cela signifie et ou l'on se trompe. Les manieres d'echouer sont peu nombreuses et recurrentes. La dependance a un point unique : tout tourne autour du fondateur ou d'un seul conseiller, et quand ils disparaissent la machine s'arrete. Les regles informelles : on decide a l'oral, jusqu'a ce qu'un desaccord transforme l'ambiguite en conflit. Les decisions qui se bloquent : sans delegations ni quorums clairs, la paralysie devient la norme et les occasions expirent. La dispersion de la valeur entre juridictions et generations : des structures incoherentes, une fiscalite non coordonnee, des heritiers mal alignes erodent le capital morceau par morceau, sans un seul evenement pour donner l'alarme. Aucun de ces points n'est un probleme de rendement ; tous sont des problemes de gouvernance. Et en Suisse romande comme au Tessin le risque est subtil : la qualite de la juridiction peut donner un faux sentiment de securite, comme si le lieu tenait lieu de structure.

Comment Krymax intervient. Du coeur de la Suisse, avec rigueur suisse, nous travaillons dans un perimetre defini et mesurable. Nous concevons l'architecture de gouvernance du family office : organes, delegations, quorums, reglements du conseil et du comite d'investissement, et redaction de l'IPS. Nous construisons la charte familiale et les criteres d'entree de la nouvelle generation, avec un parcours de preparation structure. Nous rendons coherent le montage multijuridictionnel entre la Suisse, l'Italie et l'etranger. Nous fixons les KPI et les jalons du passage : organes operationnels dans des delais definis, IPS delibere, mandats signes, premier cycle de revue independante du portefeuille acheve, dependance a une seule personne ou a un seul prestataire reduite et documentee. Nous laissons une gouvernance prete pour le conseil : des documents sur lesquels un conseil peut deliberer, non des diapositives. Peu de clients a la fois, implication directe, confidentialite absolue. Et nous transmettons de la valeur sans creer de dependance : notre mandat se termine quand l'institution marche seule.

La conclusion. Le patrimoine qui dure n'est pas celui qui rend le plus en une annee : c'est celui qui reste gouvernable a travers les personnes et les generations. Dans la grande transition en cours, le bon lieu est un avantage, non une garantie : ce qui fait la difference, c'est la gouvernance et une succession preparee. Geneve et le Tessin sont le lieu pour leur donner structure. Cela se construit tot. Et cela se construit avec methode.

Exhibit
Les organes de gouvernance d'un family office
OrganeFonctionCadence
ConseilOrientation stratégique et supervisionTrimestrielle
Comité d'investissementAllocation d'actifs et IPSMensuelle-trimestrielle
Family councilValeurs et communication entre générationsSemestrielle
DirectionExécution et gestion opérationnelleContinue
86% des family offices n'ont pas de plan de succession clair pour les décideurs (UBS / J.P. Morgan, 2026).
Questions fréquentes

Pourquoi choisir la Suisse romande ou le Tessin pour un family office ?

Geneve est l'un des premiers centres mondiaux de family office et, avec le Tessin, la Suisse reunit stabilite politique et monetaire, confidentialite et qualite des services, en agissant comme un pont naturel entre l'Europe du Sud et le reste du continent. C'est le lieu ideal pour donner a la gouvernance structure et rigueur suisse, mais le lieu seul ne remplace pas la structure : ce qui fait la difference reste les organes, les regles ecrites et une succession preparee.

Quels organes de gouvernance un family office doit-il avoir ?

Les piliers sont un conseil d'administration du family office qui oriente et surveille, un comite d'investissement qui decide dans le cadre d'un mandat ecrit, un investment policy statement (IPS) qui engage la strategie au-dela des personnes, et une charte familiale qui fixe les regles de la famille. Aujourd'hui les comites d'investissement existent dans 64% des cas, mais un IPS formel dans 35% seulement et un conseil dans 32% a peine.

Comment prepare-t-on la succession dans un family office ?

La succession est un processus pluriannuel, non un evenement a signer. On definit des criteres d'entree et un veritable parcours de competences, d'experience et de responsabilites progressives pour la generation suivante, en transmettant les relations et le savoir tacite dans la duree. C'est la lacune la plus critique : a peine 27% des family office disposent d'un processus structure pour preparer et former leurs heritiers aux roles futurs.

Sources

UBS Global Family Office Report 2026 · J.P. Morgan Global Family Office Report 2026